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Diplômés sans emploi au Sénégal : la formation ou le marché ?

10 sept.
3 min de lecture

Chaque année, des milliers de diplômés sortent des universités sénégalaises et ne trouvent pas d'emploi correspondant à leur formation. À qui la faute ? Le débat oppose deux lectures, et chacune tient debout.

« C'est la formation qui ne correspond pas »

Pour les partisans de cette première thèse, le système éducatif produirait des diplômés mal préparés aux réalités du marché du travail. Trois facteurs sont pointés du doigt : une orientation qui se décide souvent par défaut plutôt que par choix, un manque de stages intégrés au cursus qui prive les étudiants d'expérience professionnelle, et une absence de compétences pratiques telles que les outils numériques, la gestion ou la rédaction professionnelle. Beaucoup d'étudiants sont inscrits dans des filières générales sans débouché identifié.

« C'est le marché qui ne crée pas assez d'emplois »

La seconde lecture renverse la responsabilité. Le tissu économique sénégalais est dominé par de très petites entreprises qui embauchent peu et rarement des diplômés. Une grande partie de l'activité demeure informelle : elle emploie, mais sans contrat ni progression de carrière. Le secteur public, lui, ne peut plus absorber les promotions comme dans les années 1970. Et comme le résume l'article, « même excellemment formé, un jeune ne crée pas un poste qui n'existe pas ».

Le facteur souvent oublié : l'accès à l'information

Les deux camps négligent un troisième élément : le recrutement au Sénégal passe encore massivement par le réseau. À diplôme égal, celui qui connaît quelqu'un passe avant. Ce n'est ni un problème de formation ni un problème de marché, mais un problème d'accès à l'information sur les postes disponibles — une question que ni l'université ni les entreprises n'ont vraiment traitée.

Ce qui bouge

Le tableau n'est toutefois pas entièrement sombre. Les formations courtes et professionnalisantes se remplissent. Les métiers du numérique recrutent davantage sur portfolio que sur diplôme. Et une part croissante de jeunes crée son activité au lieu d'attendre un poste, avec les fragilités que cela suppose.

Les autres dossiers éducatifs en cours

Ce débat sur l'employabilité des diplômés s'inscrit dans un contexte de réformes multiples. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a annoncé, dans sa Déclaration de politique générale, un vaste programme éducatif : après le recrutement de 4 980 enseignants en 2025, un programme spécial portant sur 2 527 recrutements supplémentaires sera lancé au plus tard au quatrième trimestre 2026. Ces recrutements visent à combler un déficit criard d'enseignants et à accompagner l'amélioration des conditions d'apprentissage.

Sur le plan de l'orientation, le ministère de l'Éducation nationale a décidé de relever le taux d'accès aux séries scientifiques à 42 % pour la campagne 2026, contre seulement 29,15 % en 2025. Un nouveau critère exceptionnel permettra à un élève d'être orienté vers une série scientifique s'il obtient au moins 10/20 dans une discipline scientifique et au moins 9/20 dans une autre. Les anciens dossiers seront réexaminés à la lumière de ces nouveaux critères.

En matière d'enseignement bilingue, la Stratégie nationale de plaidoyer (2026-2030) du Modèle harmonisé d'enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS) a été validée. Ce programme associe l'usage des langues nationales au français dès le primaire. Le défi réside désormais dans la pérennisation et la mise à l'échelle de cette réforme.

L'éducation inclusive figure également parmi les priorités. En prélude au Forum national prévu en novembre, le ministère a réuni les acteurs pour faire le diagnostic de la situation. Les chiffres illustrent l'ampleur du chantier : le Rapport national sur la situation de l'éducation 2024 recense près de 15 000 élèves en situation de handicap, soit seulement 0,41 % des apprenants à l'élémentaire, alors que la prévalence du handicap dans la population sénégalaise est estimée à 7,3 %. « Un élève en situation de handicap sur trois abandonne le système au fil du parcours », souligne le Secrétaire général du ministère.

Enfin, la COSYDEP (Coalition des organisations en synergie pour la défense de l'éducation publique) demande une rénovation du cadre normatif de l'éducation, articulée autour de trois chantiers : l'obligation scolaire, la loi d'orientation de l'éducation — jugée obsolète car datant de 1991 — et l'adoption d'un Code de l'enfant.


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