top of page

Finances publiques sous tension : le déficit budgétaire s’envole à 1 735,2 milliards FCFA

il y a 3 jours
3 min de lecture

Le projet de Loi de Finances Rectificative (LFR) 2026, déposé le 18 septembre à l’Assemblée nationale, révèle une dégradation brutale des équilibres budgétaires. Le déficit est porté à 1 735,2 milliards de francs CFA, soit 7,6 % du PIB, tandis que les recettes sont revues à la baisse et les subventions énergétiques explosent. Le besoin global de financement atteint 6 774,2 milliards FCFA.

La situation des finances publiques sénégalaises domine l’actualité économique. Le projet de Loi de Finances Rectificative (LFR) pour l’exercice 2026, officiellement réceptionné par l’Assemblée nationale le vendredi 18 septembre, acte une détérioration sans précédent des grands équilibres budgétaires. Les recettes du budget général sont désormais arrêtées à 5 848,7 milliards de francs CFA, contre 6 188,8 milliards prévus dans la loi de finances initiale, soit une baisse de 340,1 milliards (-5,5 %). En parallèle, les dépenses sont réévaluées à 7 583,9 milliards FCFA, contre 7 433,9 milliards initialement.

Cette double évolution — recettes en repli et dépenses en hausse — creuse un déficit budgétaire de 1 735,2 milliards de francs CFA, contre 1 245,1 milliards dans la LFI. Rapporté au PIB, estimé à 22 861,2 milliards, le déficit passe ainsi de 5,4 % à 7,6 %.

Un choc énergétique qui plombe les comptes

La principale cause de cette dégradation réside dans l’envolée des subventions énergétiques. Leur enveloppe bondit de 250 milliards à 790,3 milliards de francs CFA, soit une hausse vertigineuse de 540,3 milliards. Cette progression représente à elle seule près de 11 % des dépenses du budget général.

Le professeur Amath Ndiaye, de la Faculté des Sciences économiques et de gestion de l’UCAD, explique cette situation par « la hausse des cours internationaux du pétrole, mais également par le retard pris dans l’ajustement des prix intérieurs de l’énergie ». Le gouvernement s’est engagé à ramener le coût des subventions à moins de 1 % du PIB d’ici 2029, mais la transition s’annonce délicate : une réduction trop rapide des aides pourrait entraîner une hausse des prix de l’électricité et des carburants, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages.

Un besoin de financement de 6 774 milliards FCFA

La contraction des recettes fiscales, désormais estimées à 4 931,5 milliards de francs CFA — soit un manque à gagner de 453,3 milliards par rapport aux prévisions initiales — aggrave la pression sur les caisses de l’État. Les performances inférieures aux attentes de certaines mesures du Plan de redressement économique et social (PRES) expliquent en partie ce recul. La taxation des jeux de hasard, par exemple, devait rapporter 300 milliards ; elle n’en produira que 120 milliards.

Dans ce contexte, le besoin global de financement pour l’année 2026 est évalué à 6 774,2 milliards de francs CFA, dont 4 516,2 milliards destinés à l’amortissement de la dette. Un chiffre qui illustre l’ampleur des contraintes qui pèsent sur la trésorerie de l’État.

Arbitrages budgétaires et réactions politiques

Pour tenter de contenir les effets de cette dégradation, le gouvernement prévoit une réduction des dépenses en capital financées sur ressources internes, tout en augmentant les transferts courants. Les dépenses consacrées à la protection sociale devraient quant à elles doubler, afin d’amortir les conséquences des réformes sur les populations les plus vulnérables.

La presse sénégalaise ne manque pas de souligner la gravité de la situation. Walf Quotidien titre sur des « clignotants au rouge », relevant que « les recettes fiscales et les dépenses d’investissement ont baissé, alors que dans le même temps, on enregistre une hausse des dépenses de fonctionnement et des subventions énergétiques ». Le journal L’As constate que « les finances publiques sénégalaises sont fortement sous pression ».

Pour l’opposition, cette LFR traduit « le bilan d’un pouvoir en faillite de vision ». Moussa Niang dénonce notamment « 555 milliards retirés à l’investissement ».

Un contexte d’accord avec le FMI

Cette révision budgétaire intervient quelques semaines après l’accord conclu au niveau des services entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI). Elle traduit les nouvelles contraintes auxquelles l’État doit faire face, entre nécessité d’assainir les finances publiques et impératif de préserver les équilibres sociaux.

Le texte doit désormais être examiné par les députés. Une session extraordinaire de l’Assemblée nationale est en cours, avec quatre textes dans le viseur, dont la LFR 2026. Les débats s’annoncent tendus, tant les enjeux financiers et politiques sont considérables.

Commentaires


bottom of page