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Journée internationale des personnes disparues : au Sénégal, 1 537 familles suspendues à l'incertitude

31 août
3 min de lecture

La Délégation régionale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Dakar, la Croix-Rouge sénégalaise (CRS) et la Fédération nationale des Associations des familles des personnes disparues ont célébré, ce lundi 31 août 2026, la Journée internationale des personnes disparues.

Une cérémonie de recueillement s'est tenue au siège du Comité national de la Croix-Rouge sénégalaise à Dakar, réunissant des familles venues de Thiaroye-sur-Mer, de Yoff, de Pikine et de plusieurs autres localités de la région.

1537 disparus au Sénégal, un drame aux multiples visages

Selon les données du Réseau mondial des Liens Familiaux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, 227 378 nouvelles personnes disparues étaient toujours recherchées dans le monde à la fin de l'année 2025. Un chiffre qui ne reflète qu'une partie de la réalité, de nombreuses disparitions n'étant jamais signalées.

Au Sénégal, ce sont précisément 1 537 personnes qui sont recherchées par leurs familles depuis 2008 à travers le Réseau de rétablissement des liens familiaux de la Croix-Rouge. Les causes de ces disparitions sont multiples, mais deux phénomènes majeurs concentrent l'essentiel des cas : la migration irrégulière, qui constitue la première cause, et le conflit en Casamance.

Le président de l'Association des familles de personnes disparues de la Casamance, Ibrahima Diedhiou, a souligné que « la disparition d'un proche demeure une épreuve particulièrement douloureuse » et que les familles « attendent des réponses et un accompagnement renforcé des autorités ».

« L'incertitude est l'une des formes les plus cruelles de la souffrance »

Lors de cette journée dédiée au recueillement et au plaidoyer, la Déléguée Protection des Liens Familiaux de la Délégation régionale du CICR à Dakar a rappelé la détresse des proches : « Tant que le sort d'un proche reste inconnu, les familles vivent entre espoir et désespoir, sans pouvoir tourner la page. Notre responsabilité collective est de tout mettre en œuvre pour préserver leur dignité, répondre à leurs besoins et faire progresser la recherche des personnes disparues ».

Cette incertitude est en effet décrite comme l'une des souffrances les plus cruelles. Elle empêche les proches de faire leur deuil et les maintient dans une attente douloureuse, souvent sans aucune nouvelle du sort de l'être cher. Le secrétaire général de la Croix-Rouge sénégalaise, Ibrahima Laye Thiome, a renchéri : « Chaque disparition laisse derrière elle une famille suspendue à l'attente, partagée entre l'espoir de revoir un être cher et la douleur de ne pas savoir ».

Un conflit ancien et une route migratoire meurtrière

La Casamance, région méridionale du Sénégal, reste marquée par les disparitions liées aux décennies de conflit. Des familles entières sont toujours sans nouvelles de leurs proches, disparus dans des circonstances troubles. Le cas de Noël Bassène, dont le père et sept oncles ont été arrêtés par des militaires en 1993, illustre cette douleur persistante : « Depuis ce jour, on n'a plus jamais eu de leurs nouvelles ».

Parallèlement, les départs massifs de jeunes Sénégalais sur les routes migratoires vers l'Europe, notamment par la mer vers les îles Canaries ou par les voies terrestres, continuent de faire des victimes. En 2023, l'association espagnole Caminando Fronteras avait déjà dénombré 6 007 personnes mortes ou disparues sur cette route maritime, dont au moins la moitié étaient parties des côtes sénégalaises. Le CICR et la Croix-Rouge sénégalaise soutiennent les familles dans leurs recherches, notamment depuis les évaluations des besoins menées à partir de 2012.

Un engagement renouvelé et des besoins criants

En amont de cette journée, un atelier de renforcement des capacités s'est tenu les 29 et 30 août 2026 au profit de 26 membres d'associations de familles, originaires de plusieurs régions du pays. Des commémorations similaires avaient déjà réuni près de 200 proches le 13 juillet dernier à Ziguinchor.

Les associations de familles plaident pour une meilleure prise en charge, notamment en matière de soutien psychologique. Yayibayame Diouf, présidente de la Fédération nationale des associations de migrants disparus, a insisté sur « le besoin d'un accompagnement en santé mentale, car la disparition d'un proche pèse lourdement sur nos vies ». Elle a également appelé à l'intégration de ces familles dans les programmes de protection sociale.

La Croix-Rouge sénégalaise, en partenariat avec le CICR, les associations de familles et les autorités, a réaffirmé son engagement à soutenir la recherche des disparus et à offrir aux proches « l'écoute, la solidarité et l'humanité dont ils ont besoin ».

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