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Madiambal Diagne défie Ousmane Sonko : « La popularité de Pastef s'effrite »

13 oct.
3 min de lecture

Le patron de presse sénégalais estime que le parti au pouvoir ne dispose plus de la majorité nécessaire pour remporter les prochaines élections législatives, pointant un désaveu populaire croissant.

Dakar — Dans une sortie médiatique qui secoue la scène politique sénégalaise, le journaliste et patron de presse Madiambal Diagne a ouvertement mis en doute la capacité d'Ousmane Sonko et de son parti, Pastef-Les Patriotes, à s'imposer lors des prochains scrutins législatifs. Invité sur la chaîne Sénégal7, il a livré une analyse sans concession du rapport de forces politique actuel, estimant que la formation au pouvoir voit son socle populaire se fissurer de manière préoccupante.

Un constat de désaffection

Selon Madiambal Diagne, la popularité de Pastef, autrefois portée par une ferveur quasi-émotionnelle, connaît aujourd'hui un net recul. Il affirme observer « de moins en moins de personnes revendiquer leur appartenance » au parti. Pour étayer ce constat, il met en avant deux phénomènes concomitants : les départs de militants et une désillusion grandissante au sein de l'électorat.

Cette perception n'est pas isolée. Plusieurs observateurs de la vie politique sénégalaise soulignent depuis plusieurs mois l'effritement du socle électoral du tandem Diomaye-Sonko. Le quotidien Walf Quotidien rapportait dès février 2026 que Pastef semblait « voir s'effriter ce qui faisait sa force notamment sa base affective », dans un contexte de mouvements de contestation multisectoriels et de crise de confiance touchant les soutiens les plus fidèles.

L'ombre de Kiiraay et la fracture Diomaye-Sonko

Cette érosion de popularité s'inscrit dans un contexte de recomposition politique profonde. La rupture entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye, autrefois unis sous le mot d'ordre « Diomaye mooy Sonko », a fragilisé la position de l'ancien Premier ministre. La structuration du mouvement présidentiel Kiiraay – Les Patriotes républicains a accéléré cette dynamique d'isolement, attirant de nombreux cadres et élus historiques de Pastef vers l'orbite du chef de l'État.

Ce mouvement de transhumance politique laisse Ousmane Sonko, désormais président de l'Assemblée nationale, « relégué dans un pré carré militant de plus en plus restreint et défensif ». Madiambal Diagne avait d'ailleurs affirmé dès juillet 2026 que Sonko préparait son retour à la Primature, qualifiant sa stratégie de « putsch institutionnel ».

Des chiffres qui interrogent

Le pronostic de Madiambal Diagne sur les législatives s'appuie également sur une lecture des rapports de force parlementaires. Avec 132 députés sur 165, la coalition au pouvoir disposait d'une majorité confortable à l'Assemblée. Toutefois, cette configuration institutionnelle ne garantit en rien une victoire électorale si la dynamique populaire venait à s'inverser.

D'autres voix, au sein même de l'ancienne majorité, confirment cette tendance à l'affaiblissement. Yankhoba Diémé, ancien camarade de lutte d'Ousmane Sonko devenu ministre des Forces armées, a récemment affirmé qu'après une vague massive de démissions, Pastef n'était plus qu'un « squelette creux ».

Un adversaire qui ne cache plus ses ambitions

Madiambal Diagne ne se contente pas de pronostiquer la défaite de Sonko. Il a également annoncé qu'il ne pouvait plus rester neutre dans le débat politique sénégalais, évoquant les conséquences personnelles qu'il a subies en raison de son engagement. S'il n'a pas encore officialisé une éventuelle candidature aux législatives, il a confirmé réfléchir à plusieurs pistes et se prononcerait « au moment qu'il jugera opportun ».

Cette posture marque une escalade dans la confrontation entre le patron de presse et le leader de Pastef. Depuis plusieurs années, Madiambal Diagne mène ce que certains décrivent comme une « guerre totale et personnelle » contre Ousmane Sonko, le qualifiant notamment de « populiste dangereux » et de « fauteur de troubles ».

Un pari risqué

Le pronostic de Madiambal Diagne reste toutefois un pari. Madiambal Diagne reconnaît lui-même qu'il « peut se tromper dans cette lecture ». Les observateurs de Africa Confidential estiment pour leur part que Pastef pourrait bien transformer les 54 % des voix obtenus par Faye à la présidentielle en majorité parlementaire, la fragmentation de l'opposition jouant en sa faveur.

La question centrale demeure : la désaffection populaire observée par Madiambal Diagne est-elle un phénomène structurel ou conjoncturel ? Si les départs et la désillusion sont réels, l'ancrage militant de Pastef demeure, selon certains parlementaires, « quasi intact malgré les pressions et la restructuration du pouvoir ».

Entre les deux lectures, le verdict des urnes tranchera. Mais une chose est certaine : Madiambal Diagne a déjà réussi à imposer son narratif dans le débat public, forçant Pastef à répondre sur le terrain de la popularité — un terrain où le parti au pouvoir était, il y a encore peu, considéré comme invincible.


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