Passation de pouvoir à la Commission de la CEDEAO : Le Général Birame Diop entre en fonction demain

C’est demain, le 1er septembre 2026, que le Général sénégalais Birame Diop prendra officiellement ses fonctions de président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) . La cérémonie de passation de pouvoir se tiendra au siège de l’organisation à Abuja, au Nigeria, où il succédera au Gambien Omar Alieu Touray pour un mandat de quatre ans (2026-2030) .
Nommé le 19 juillet dernier lors du 69e sommet ordinaire de la CEDEAO à Freetown, en Sierra Leone, le général Birame Diop prend la tête de l’institution dans un contexte régional particulièrement tendu . L’organisation fonctionne désormais avec douze États membres après le retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger, devenu définitif depuis le 29 janvier 2025 . Ces trois pays sont désormais réunis au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), une configuration inédite qui fragilise l’édifice communautaire .
Un parcours exceptionnel au service de la paix et de la sécurité
Né le 29 mars 1961 à Thiès, le Général Birame Diop présente un profil reconnu sur les scènes nationale et internationale . Ancien ministre des Forces armées du Sénégal, il a occupé plusieurs postes stratégiques au sein des Forces armées sénégalaises : chef d'état-major de l'Armée de l'air, chef d'état-major particulier du président de la République, puis chef d'état-major général des Armées .
Son expertise internationale a été consacrée par sa nomination comme conseiller militaire du Secrétaire général des Nations unies auprès du Département des opérations de paix, où il a contribué à l'élaboration et à la mise en œuvre des politiques de prévention des conflits, de maintien de la paix et de consolidation de la sécurité internationale . Il a également accompagné, à travers le continent, le Centre d'études stratégiques pour l'Afrique (CESA) en tant que facilitateur et conférencier, formant de hauts cadres civils et militaires africains aux problématiques de paix, de développement, de sécurité et de défense .
Titulaire d'une formation militaire de très haut niveau acquise notamment à l'École royale de l'air de Marrakech, à l'Air University des États-Unis et à l'École de guerre de Paris, Birame Diop a également mené des recherches sur la réforme du secteur de la sécurité en Afrique subsaharienne au National Endowment for Democracy et au Woodrow Wilson Center à Washington . Il a par ailleurs mis en place l'Institut africain pour le secteur de la sécurité, institution de référence dédiée au renforcement des capacités stratégiques du continent .
Une première historique pour le Sénégal
L'élection du Général Birame Diop marque un tournant dans l'histoire de l'organisation . Il devient le premier Sénégalais à diriger l'organe exécutif de la CEDEAO depuis sa création en 1975, et le premier militaire à accéder à cette responsabilité, jusque-là confiée exclusivement à des diplomates ou à des technocrates civils . Ce choix illustre le poids croissant des enjeux sécuritaires dans l'agenda de l'organisation ouest-africaine .
Cette double investiture place Dakar en position de force pour conduire les réformes d'une institution confrontée à des vents contraires. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a en effet été porté à la présidence en exercice de la Conférence des chefs d'État de la CEDEAO pour une durée d'un an, créant ainsi un double leadership sénégalais inédit .
Des défis majeurs pour un mandat sous tension
Le nouveau président de la Commission hérite d'une organisation confrontée à une double crise de confiance et de pertinence, suite à des changements successifs et anticonstitutionnels de gouvernement et à l'aggravation de l'extrémisme violent au Sahel . Son mandat devra relever plusieurs défis prioritaires :
Sur le plan sécuritaire, la CEDEAO doit renforcer sa coopération régionale face au terrorisme. La Force en attente de la CEDEAO, annoncée depuis plusieurs années, n'est toujours pas pleinement opérationnelle, et son déploiement à brève échéance est désormais envisagé . La coexistence de deux cadres de défense collective — la force CEDEAO et la force unifiée de l'AES (dont les effectifs ont été portés à 15 000 soldats) — dans un même espace où opèrent les mêmes groupes armés constitue une configuration inédite et potentiellement contre-productive .
Sur le plan diplomatique, Birame Diop devra préserver les liens avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger tout en maintenant les échanges et le dialogue au sein de l'espace ouest-africain . La rupture institutionnelle n'a pas tout emporté : les passeports des ressortissants des trois pays restent reconnus « jusqu'à nouvel ordre », et les échanges commerciaux continuent de bénéficier du Schéma de libéralisation des échanges de l'organisation . L'Union africaine joue un rôle d'intermédiaire entre les deux blocs qui ne se parlent plus directement .
Sur le plan économique, le projet de monnaie unique Eco, toujours envisagé pour 2027, figure parmi les principaux dossiers, tout comme l'amélioration des ressources financières de la CEDEAO pour assurer le financement de ses programmes . L'organisation doit également fluidifier la libre circulation des personnes et des biens, un acquis fragilisé par le départ des trois pays de l'AES .
Une cérémonie très attendue
À quelques jours de sa prise de fonction, le Général Birame Diop a déjà échangé avec le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye pour définir les priorités de son mandat . Comme il l'a récemment déclaré, face aux pays qui ont quitté la CEDEAO : « Nous n'avons pas d'autre choix, car nos frères, nos voisins, nos camarades nous ont quittés, mais la géographie reste la même ».
La cérémonie de demain marquera ainsi le début d'un nouveau chapitre pour l'organisation régionale, placé sous le signe de la reconstruction de la cohésion régionale et de l'engagement renouvelé en faveur de l'intégration ouest-africaine. L'expérience diplomatique et militaire du général Birame Diop sera particulièrement mobilisée face à ces enjeux, notamment pour renforcer la coopération sécuritaire, le partage du renseignement et la sécurisation des frontières .




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