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« Marche des paniers vides » et colère sociale - La vie chère, un « premier avertissement » pour Diomaye Faye

7 sept.
3 min de lecture


Ce samedi 5 septembre, plusieurs centaines de Sénégalais ont battu le pavé dans les rues de Dakar, paniers vides à la main, pour dire leur ras-le-bol face à une vie devenue, pour beaucoup, financièrement invivable. Baptisée « Marche des paniers vides », cette mobilisation, organisée de 11 heures à 13 heures entre le marché Castors et le rond-point Jet d’eau, prolonge la campagne citoyenne « 30 jours pour le juste prix », lancée sur les réseaux sociaux par des influenceurs et des créateurs de contenus.

Un symbole fort : des paniers vides pour alerter sur la détresse des ménages

Pancartes, calebasses vides, compteurs Woyofal et ustensiles de cuisine à la main, les manifestants ont scandé des slogans comme « Dund gi dafa seer » (« la vie est chère ») et « Woyofal bi dafa seer » (« l'électricité est chère »). Derrière ces paniers vides brandis dans les rues, c'est une préoccupation plus profonde qui s'exprime : la dégradation continue du pouvoir d'achat des ménages.

Les revendications sont claires et touchent tous les secteurs du quotidien : appliquer réellement les baisses de prix annoncées, mieux encadrer les loyers, revoir la tarification de l'électricité prépayée et combattre les abus tarifaires. Les témoignages recueillis sur place illustrent l'exaspération : une sexagénaire raconte avoir payé 3 500 francs CFA pour un kilogramme de poisson le matin même. Le kilogramme de bœuf, annoncé autour de 4 000 francs CFA auparavant, peut désormais atteindre 5 500 francs CFA dans certains points de vente. Pour les manifestants, les mesures annoncées par le gouvernement – comme la levée du gel des importations d'oignons – ressemblent davantage à un pansement sur une plaie béante qu'à un véritable traitement de fond.

Une mobilisation citoyenne qui refuse la récupération politique

Porté par un collectif d'influenceurs et de citoyens, le mouvement revendiquait déjà plus de 3 000 personnes avant la marche. L'influenceur Bathie Drizzy, l'un des co-initiateurs, a tenu à écarter toute récupération politique : « Aucun acteur politique n'est derrière nous. Cette activité est juste volontaire et spontanée », a-t-il déclaré.

Pourtant, la présence de personnalités politiques comme Guy Marius Sagna, ainsi que de militants réputés proches du Pastef, nourrit forcément les soupçons de récupération. Le véritable défi pour ce collectif sera de convaincre qu'il est réellement indépendant et transpartisan.

Un « premier avertissement » pour le président

Cette marche intervient dans un contexte particulièrement tendu. L'économie sénégalaise est en plein marasme, plombée par la dette, et le gouvernement vient tout juste de parvenir à un accord avec le FMI pour un programme d'aide de 2,2 milliards de dollars. Dans le même temps, la SENELEC a annoncé des perturbations dans la fourniture d'électricité du 7 au 13 septembre, ravivant le spectre des délestages qui avaient marqué le règne d'Abdoulaye Wade.

Pour de nombreux observateurs, cette mobilisation ne doit pas être prise à la légère par les autorités. WalfQuotidien estime que cette marche contre la vie chère constitue un « premier avertissement pour le président Bassirou Diomaye Faye ». Dans un contexte préélectoral, ce front pourrait s'ouvrir à d'autres secteurs pour devenir une « patate chaude entre les mains du chef de l'État ».

Le président, qui avait promis avec son ancien colistier Ousmane Sonko un mieux-être aux Sénégalais, est désormais confronté à une désillusion croissante. La vie chère n'est certes pas une réalité propre au seul Sénégal, mais le pouvoir a intérêt à prêter une oreille attentive à ses citoyens descendus dans les rues pour réclamer plus de pain.

La mobilisation se poursuit

La fin de la Marche des Paniers Vides n'a pas marqué l'arrêt de la contestation. Dans un communiqué publié après le rassemblement, les organisateurs ont annoncé la poursuite de leurs actions d'information, de sensibilisation et de mobilisation citoyenne autour du coût de la vie. Ils souhaitent notamment étendre le mouvement à d'autres régions du pays.

« La marche est terminée, mais le combat et la sensibilisation continuent », déclarent les organisateurs. Une déclaration qui résonne comme un avertissement pour un pouvoir désormais sommé de transformer les promesses en actes concrets.


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