Tensions sur la Déclaration de politique générale : un bras de fer procédural entre l'Exécutif et l'Assemblée

La Déclaration de politique générale (DPG) que le Premier ministre, Al Aminou Lô, doit prononcer est devenue le théâtre d'une vive polémique procédurale, moins de trois ans après la fin de la précédente législature. Alors que le Premier ministre avait annoncé sa disponibilité pour le 1er septembre 2026, le Bureau de l'Assemblée nationale a opposé une fin de non-recevoir, dénonçant des « confusions » et une « méconnaissance des procédures parlementaires par l'exécutif » .
Une convocation présidentielle contestée
L'affaire trouve son origine dans un décalage de dates. Le 24 août, le Premier ministre a informé le Président de l'Assemblée nationale de sa volonté de tenir sa DPG le mardi 1er septembre à 9 heures . Le lendemain, le Président de la République a convoqué, par décret, l'Assemblée nationale en session extraordinaire à compter du même jour, à 10 heures, avec un ordre du jour unique : la DPG .
C'est ce décret qui est au cœur de la polémique. L'institution parlementaire estime que la convocation d'une session extraordinaire, qui a pour seul objet de constater le quorum et de lever la séance, ne peut pas contenir l'ordre du jour substantiel qu'est la DPG sans en fixer la date exacte . Le Bureau rappelle ainsi que ce n'est pas au chef de l'État de fixer la date de la DPG, mais à la Conférence des Présidents, après l'ouverture de la session . « Le Président de la République se limite à convoquer "l'ouverture de la session extraordinaire" sans annoncer la date effective de la DPG », souligne un député de la majorité, Amadou Ba (Pastef), qui évoque des « anomalies juridiques » .
Cette interprétation est contestée par des spécialistes du droit parlementaire. Alioune Souaré relativise la controverse en arguant qu'« aucun texte ne prévoit expressément que le Président de la République doit fixer la date de la DPG » . Il défie quiconque de lui montrer un article dans ce sens et rappelle que la pratique parlementaire antérieure voulait que le Premier ministre choisisse lui-même la date .
Une « asymétrie d'information » au sein de la majorité
La confusion sémantique et procédurale a exacerbé les tensions. Au sein même de la majorité, des voix s'élèvent pour dénoncer une « asymétrie d'information » sur les modalités d'organisation de la DPG . Khadim Bamba Fall, du parti Pastef, appelle ainsi à « harmoniser la communication » car « l'image de la République » est en jeu . Ce flou est perçu comme un signe de dysfonctionnement institutionnel, opposant un Premier ministre désireux d'accélérer le processus à un président de l'Assemblée nationale qui en appelle au strict respect des textes.
Le « spectre d'une motion de censure » plane
Cette querelle procédurale s'inscrit dans un contexte de relations exécrables entre le chef de l'État, Bassirou Diomaye Faye, et son ancien allié, désormais président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko. L'ancienne ministre Zahra Iyane Thiam a vivement alerté sur les conséquences politiques de cette rupture, évoquant un passage du « Diomaye moy Sonko » au « Diomaye wala Sonko » (Diomaye ou Sonko) qui « commence à coûter cher aux Sénégalais » .
Elle pointe du doigt une « situation institutionnelle inutilement alambiquée », des « tensions permanentes entre l'Assemblée Nationale et l'Exécutif » et estime que la DPG est devenue « un casse-tête procédural » . Le risque d'une escalade est réel. Zahra Iyane Thiam mentionne ouvertement la « probabilité d'une motion de censure » et, à terme, le « spectre d'une nouvelle dissolution » . « Les Sénégalais(e)s ne peuvent pas continuer à payer le prix de leurs querelles crypto personnelles », conclut-elle, appelant le président à « fixer immédiatement un cap clair » et à « rétablir un dialogue institutionnel normal » .
Un délai constitutionnel dépassé
Au-delà du conflit de personnes, la question du timing est cruciale. La tenue de la DPG est encadrée par l'article 55 de la Constitution et l'article 109 du règlement intérieur, qui fixent un délai maximal de trois mois après l'entrée en fonction du gouvernement . Or, ce délai a été dépassé. Le Conseil constitutionnel avait d'ailleurs déclaré conforme cette disposition dans une décision de juillet 2025 . Si le léger retard est toléré, il n'en reste pas moins que ce report, conséquence directe de la polémique, entretient un sentiment de flottement politique . Le Bureau de l'Assemblée a rappelé que l'article 109 prévoit que l'institution doit être informée « huit jours au moins avant la date retenue », un délai qui, selon lui, ne commence à courir qu'à partir de l'ouverture de la session, rendant la date du 1er septembre inopérante . Une nouvelle date devra donc être fixée par la Conférence des Présidents .
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