Vagues de démissions à l'APR : Macky Sall perd des cadres qui rallient Kiiraay

L'Alliance pour la République (APR) traverse une crise de leadership d'une ampleur inédite. Ce mardi 15 septembre 2026, plusieurs cadres et responsables ont officialisé leur démission du parti de l'ancien président Macky Sall pour rejoindre Kiiraay, la formation politique du président Bassirou Diomaye Faye. Une saignée qui fragilise un peu plus l'ancien parti au pouvoir, déjà privé de ressources et en quête de direction.
Des départs officialisés ce mardi
La journée de ce mardi 15 septembre 2026 restera comme une nouvelle étape dans l'effritement de l'APR. À Saint-Louis, Ahmadou Bamba Ka, ancien directeur général du CROUS, a officialisé son départ de l'Alliance pour la République pour rejoindre Kiiraay, le parti du président Bassirou Diomaye Faye. Selon les informations rapportées par Senego, le responsable politique affirme avoir consulté sa base avant de prendre cette décision, échangeant avec les femmes, les hommes, les personnes âgées, les jeunes ainsi que les corps de métier de Saint-Louis.
L'ancien responsable du CROUS présente ce choix comme une réponse à l'appel du chef de l'État, précisant que les militants et responsables qui l'accompagnent intègrent également la formation des Patriotes Républicains. Il assure que cette orientation a été mûrement réfléchie et qu'elle ne constitue ni une rupture avec ses convictions ni un reniement.
À Kaffrine et Tambacounda, d'autres figures emblématiques de l'APR ont également officialisé leur rupture. Abdoulaye Saydou Sow, maire de Kaffrine et ancien ministre de l'Urbanisme, a annoncé sa démission de l'APR, tout comme Mamadou Kassé, président du Conseil départemental de Tambacounda. Leur ralliement au parti présidentiel est présenté comme probable, sans être encore acté dans les éléments disponibles.
Des figures de poids quittent le navire
Le départ d'Abdoulaye Saydou Sow constitue un coup particulièrement dur pour l'APR. Ancien directeur général du COUD, ministre de l'Urbanisme, du Logement et de l'Hygiène publique dans le dernier gouvernement de Macky Sall, maire de Kaffrine et secrétaire général de la Fédération sénégalaise de football, il incarnait l'une des pièces maîtresses du dispositif politique de Benno Bokk Yaakaar. Pendant des années, il s'est distingué comme l'un des lieutenants les plus combattifs de Macky Sall.
Lors du lancement de son propre mouvement politique, le « Pacte Républicain », Abdoulaye Saydou Sow a invoqué une mise à l'écart progressive de la vie interne du parti. « On ne m'écoute plus, on ne m'associe plus », a-t-il déploré. Ses anciens camarades de l'APR ont tenté de justifier cet éloignement en arguant que ses fonctions à la tête de la Fédération sénégalaise de football l'auraient détourné des affaires du parti, une explication qu'il rejette catégoriquement.
L'événement le plus significatif de cette cérémonie de lancement s'est déroulé dans la salle. Aminata Touré, superviseure générale de Kiiraay – Les Patriotes Républicains, y était présente. La représentante du parti présidentiel a profité de l'occasion pour inviter publiquement Abdoulaye Seydou Sow à rejoindre les rangs de Kiiraay. Le leader kaffrinois a promis une réponse dans les quinze jours. Cette présence d'Aminata Touré symbolise la stratégie de débauchage menée par la mouvance présidentielle.
À Tambacounda, le départ de Mamadou Kassé représente également une perte considérable pour l'APR. Dans un communiqué rendu public, l'ancien responsable politique a confirmé sa rupture avec le parti de l'ex-Président Macky Sall, sans pour autant dévoiler sa future orientation politique. « Après une longue période de réflexion, j'ai décidé de mettre un terme à mon engagement militant au sein de l'Alliance pour la République », écrit-il. Il a tenu à exprimer sa profonde gratitude envers Macky Sall, affirmant que ce compagnonnage restera une étape marquante de son parcours. Désormais, il entend « ouvrir un nouveau chapitre » de son engagement public et politique.
Une stratégie de débauchage dénoncée
L'APR a dénoncé, dans des déclarations faites fin juillet et début septembre 2026, des pratiques de « débauchage » et de pressions politiques exercées sur ses élus locaux. La Chambre des élus de l'APR avait contesté l'initiative du président Bassirou Diomaye Faye, qui a invité plus de 300 maires, dont la plupart sont issus de l'ancien parti au pouvoir, à rejoindre la mouvance présidentielle. La Chambre des élus a dénoncé ce qu'elle considère comme une « mise en scène » et une opération de propagande politique, jugeant « invérifiable » le chiffre de 306 maires.
Mais cette contestation a fait long feu. Aucune véritable dynamique n'a été enclenchée pour retenir les élus apéristes et les protéger face à l'offensive de la mouvance présidentielle. À mesure que les départs se multiplient, le parti donne l'image d'une formation davantage occupée par ses débats internes que par la reconquête de ses territoires.
L'APR face à une crise existentielle
Cette vague de démissions s'inscrit dans un contexte plus large de fragilisation de l'APR depuis sa perte du pouvoir le 24 mars 2024. Considéré comme la locomotive de l'opposition républicaine, le parti voit sa force politique mise à rude épreuve. Depuis un certain temps, l'APR fait face à une série de démissions mais également à une campagne de débauchage de ses élus et cadres par les partisans du nouveau parti présidentiel, Kiiraay.
Parmi les départs les plus marquants figurent celui de Thérèse Faye Diouf, ancienne ministre et ancienne responsable des jeunes de l'APR, qui a démissionné pour lancer son mouvement politique et citoyen baptisé « And dekkal yaakar » (S'unir pour faire revivre l'espoir). Pape Mahawa Diouf, ancien porte-parole de l'APR, a également quitté le parti pour rejoindre Kiiraay. Avant ces démissions, plusieurs élus locaux avaient déjà quitté le navire APR pour poser leurs valises dans la coalition « Diomaye Président », avant de devenir membres fondateurs du nouveau parti présidentiel Kiiraay.
Dans son édition du 15 septembre 2026, L'Observateur décrit une formation confrontée à une succession de départs et à des difficultés de réorganisation, alors que la naissance de Kiiraay accentue les interrogations sur son avenir politique. Pour le professeur Moussa Diaw, cette situation s'inscrit dans un phénomène déjà observé au sein d'autres formations sénégalaises après leur départ du pouvoir. La perte des ressources associées à l'exercice des responsabilités publiques fragilise les structures partisanes et réduit leur capacité à entretenir les réseaux sur lesquels elles se sont longtemps appuyées.
Le politologue estime toutefois que les problèmes de l'APR ne peuvent pas être ramenés à une question financière. Il relève une difficulté à se réinventer après la défaite de 2024, à conduire une introspection et à ouvrir suffisamment le fonctionnement interne pour permettre l'émergence d'une nouvelle génération de dirigeants. La question du leadership apparaît comme un autre point central. Le parti demeure fortement structuré autour de Macky Sall, dont l'éloignement complique la conduite quotidienne des activités. L'absence de succession organisée entretient une incertitude sur l'autorité appelée à porter la reconstruction.
La direction conteste toute crise existentielle
Face à ces critiques, la direction de l'APR refuse de parler de crise existentielle. Saourou Sène, porte-parole adjoint du parti, conteste les analyses faisant état d'une crise profonde et soutient que les activités du parti se poursuivent de manière organisée. « L'APR ne vit aucune crise existentielle. Macky Sall reste le président du parti », a-t-il affirmé, interrogé par L'Observateur. Le responsable reconnaît les départs enregistrés, mais refuse d'y voir une particularité de l'APR. Selon lui, les adhésions, les démissions et les changements de camp traversent l'ensemble de la vie politique sénégalaise.
Kiiraay, un aimant pour les cadres de l'opposition
Le parti Kiiraay – Les Patriotes Républicains a été officiellement lancé le 25 juillet 2026 au King Fahd Palace de Dakar, au terme d'un processus de restructuration engagé en novembre 2025. Porté par le président Bassirou Diomaye Faye, il se veut « la maison des patriotes authentiques » et un cadre de rassemblement ouvert aux différentes composantes de la majorité présidentielle.
Depuis son lancement, Kiiraay exerce une force d'attraction considérable sur les cadres de l'opposition, notamment ceux de l'APR. Le parti a enregistré le ralliement de plusieurs figures de l'ancien parti au pouvoir, dont l'ancien porte-parole Pape Mahawa Diouf. Cette dynamique s'inscrit dans un contexte de recomposition accélérée de la scène politique sénégalaise, marqué par des départs remarqués de cadres tant au sein de Pastef que de l'Alliance pour la République.
Un avenir incertain pour l'APR
Les analystes ne considèrent cependant pas la disparition du parti comme inéluctable. L'APR conserve un ancrage, des militants et un passé électoral. La difficulté consiste à transformer ces acquis en une présence politique active, avec une direction identifiable et une stratégie adaptée à sa nouvelle situation. Pour retrouver une capacité d'action, Djibril Diop évoque la nécessité de remobiliser les militants, de reconstruire les structures, de réinvestir le terrain et de renouveler le discours.
Mais le plus frappant n'est peut-être pas l'affaiblissement de l'APR, mais le silence qui l'accompagne. Les leaders se font rares, aussi bien dans l'espace public que dans les médias. Les prises de parole se raréfient, les initiatives politiques semblent inexistantes et l'APR donne de plus en plus l'impression de subir les événements plutôt que de les provoquer. Un parti peut perdre des élus, des cadres et de l'influence sans disparaître immédiatement. En revanche, lorsqu'il ne produit plus de discours, ne fixe plus d'agenda et ne donne plus le sentiment de vouloir reconquérir le terrain, la crise devient existentielle.




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