Économie : 3,5 milliards de dollars d’arriérés, le Sénégal opte pour le reprofilage et assume un ajustement structurel
Le Sénégal traverse une passe économique délicate. Face à un passif financier colossal et à une croissance en berne, le gouvernement a choisi une stratégie de rigueur et de transparence, tout en écartant officiellement une restructuration brutale de sa dette.

C’est le message fort qu’a délivré le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, mardi 8 septembre 2026, devant les députés.
Un passif de 3,5 milliards de dollars à éponger
Le chef du gouvernement a dressé un bilan sans fard des finances publiques. Les arriérés de paiement de l'État atteignent la somme vertigineuse de 1 956 milliards de francs CFA, soit environ 3,5 milliards de dollars. Ces créances impayées, accumulées jusqu'en mars 2025, pèsent comme une épée de Damoclès sur l'économie réelle. Le Premier ministre a mis en garde contre les risques de ralentissement de l'activité économique et de destruction d'emplois si ces arriérés ne sont pas rapidement traités.
Pour y remédier, le gouvernement a annoncé son intention de commencer l'apurement avant la fin de l'année 2026, en accordant une priorité aux très petites entreprises (TPE), aux petites et moyennes entreprises (PME) ainsi qu'aux PMI. Un signal destiné à soutenir le tissu productif national, souvent premier touché par les retards de paiement de l'État.
Le reprofilage plutôt que la restructuration
Face à l'ampleur de la dette, le Sénégal a fait un choix stratégique clair : pas de restructuration conventionnelle, mais un « reprofilage » de la dette souveraine. Le Premier ministre a tenu à distinguer les deux approches. « Le reprofilage consiste à allonger les échéances et à renégocier les taux d'intérêt », a-t-il expliqué. L'objectif est d'adapter le service de la dette aux capacités financières réelles du pays, sans pour autant réduire la valeur nominale des obligations.
Cette approche s'inscrit dans le cadre d'un accord de principe avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un programme de prêt de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Pour rassurer les marchés, les autorités ont également indiqué que la dette libellée en francs CFA serait exclue de cette réorganisation, afin de ne pas déstabiliser le secteur bancaire régional. Par ailleurs, une trentaine de conventions minières sont actuellement en cours de renégociation pour améliorer les termes des contrats dans le secteur extractif.
Un ajustement structurel assumé
Au-delà de la dette, le Premier ministre a utilisé une expression forte pour qualifier la situation macroéconomique du pays : « Nous sommes en ajustement structurel ». Ce constat intervient alors que la croissance économique est évaluée à seulement 2,5 % pour l'année 2026, un net ralentissement après les 6,7 % enregistrés en 2025, portés par l'exploitation pétrolière. Le gouvernement a dû réviser ses prévisions à la baisse, passant de 5 % à 2,5 %.
Dans ce contexte de fortes contraintes budgétaires, le chef du gouvernement a reconnu que plusieurs projets publics ont dû être interrompus. Il a toutefois tenu à rassurer les Sénégalais : « Nous ne sommes pas en train de sacrifier les intérêts des Sénégalais ; il n'y aura pas d'ajustement drastique comme dans les années 80 ». L'enjeu est désormais de concilier l'assainissement des finances publiques avec la préservation du tissu économique et social.




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