Énergie : le Sénégal en opération de séduction au Cap avec 109 blocs à vendreDakar, le 9 octobre 2026

Le Sénégal abat ses cartes sur la scène énergétique continentale. À partir du lundi 12 octobre, le ministre de l'Énergie et du Pétrole, le Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, conduira une délégation de haut niveau à l'African Energy Week (AEW) 2026, qui se tient jusqu'au 16 octobre au Cap, en Afrique du Sud.
Objectif : vendre aux investisseurs internationaux les 109 blocs pétroliers et gaziers non contractés du pays, dans un contexte d'expansion rapide du secteur.
Le ministère de l'Énergie et du Pétrole a obtenu un partenariat de niveau Platine pour cet événement, ce qui lui offrira une visibilité maximale et un accès direct aux décideurs et aux financiers du continent. La délégation sénégalaise sera composée du ministre Diouf et de sa conseillère principale, Aminata Ba, conseillère spéciale en charge du pétrole et du gaz à la Présidence.
113 blocs créés, 109 à céder
Cette offensive commerciale intervient après une restructuration complète de la carte d'exploration sénégalaise. Le pays a redécoupé son territoire en 113 blocs onshore et offshore, dont seulement quatre sont actuellement sous contrat. Les 109 blocs restants sont donc proposés aux investisseurs locaux et étrangers.
Selon le ministre Diouf, cette stratégie vise à faire émerger des champions nationaux dans le secteur. « Le plan du président, c'est de créer des leaders locaux dans les secteurs de l'énergie, du pétrole et du gaz », a-t-il déclaré.
Le géant italien Eni a déjà pris une longueur d'avance. L'énergéticien a signé un protocole d'accord avec le Sénégal pour évaluer le potentiel de cinq blocs offshore. Les 104 blocs restants sont positionnés pour attirer des investissements internationaux et de futures activités d'octroi de licences.
Sangomar : 17,9 millions de barils au premier semestre
Le Sénégal ne se présente plus comme un simple explorateur, mais comme un producteur établi. Le champ pétrolier offshore de Sangomar, opéré par l'australien Woodside Energy, a produit 17,9 millions de barils au cours du premier semestre 2026. La production mensuelle a oscillé entre 2,8 et 3,1 millions de barils de janvier à juin.
Ce chiffre place le pays sur la trajectoire de son objectif annuel de 31,6 millions de barils pour 2026. Le champ, qui a atteint sa capacité nominale de 100 000 barils par jour en neuf semaines après son démarrage en 2024, fait l'objet d'une étude pour une phase 2 d'expansion ciblant 250 millions de barils supplémentaires de ressources récupérables.
Les retombées économiques sont déjà visibles. La production pétrolière et gazière a contribué à propulser la croissance du PIB sénégalais à 6,7 % en 2025 et à stimuler les exportations de biens de 52,7 %.
Cap sur le gaz domestique
Au-delà du pétrole, le Sénégal accélère sur le gaz. Le ministère prépare un réseau de gazoducs de 340 kilomètres destiné à relier les ressources gazières nationales aux centrales électriques. L'objectif est double : réduire les coûts de production d'électricité et jeter les bases d'un développement gaz-électricité à grande échelle.
Le projet Greater Tortue Ahmeyim (GTA), opéré par BP au large du Sénégal et de la Mauritanie, a atteint sa capacité nominale de 2,7 millions de tonnes par an en 2025 et a exporté 18 cargaisons de GNL lors de sa première année d'exploitation. Les opérateurs s'attendent à doubler les exportations en 2026.
L'État sénégalais, via sa compagnie nationale Petrosen, a également pris le contrôle total du champ gazier offshore de Yakaar-Teranga en avril 2026. Ce projet, dont les réserves récupérables sont estimées à 25 000 milliards de pieds cubes, représente un plan de développement de 7,5 milliards de dollars. Sa phase 1, estimée à 2,5 milliards de dollars, doit produire environ 300 millions de pieds cubes de gaz par jour pour le marché intérieur. La phase 2 cible les industries en aval, notamment les engrais, la pétrochimie, l'acier et le ciment.
Une seconde raffinerie en projet
Le Sénégal investit également dans l'aval pour capturer davantage de valeur ajoutée. Une seconde raffinerie, portée par African Refining Company et Yamata, est en projet avec une capacité de traitement de 4 millions de tonnes par an. Parallèlement, la Stratégie nationale d'efficacité énergétique introduit des normes de performance et des mesures pour modérer la demande d'électricité.
« Une phase décisive »
Pour NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l'énergie, la participation sénégalaise à l'AEW 2026 intervient à un moment charnière. « Le Sénégal entre dans une phase décisive, car la nouvelle production, les opportunités foncières et l'infrastructure gazière nationale redessinent le paysage de ses investissements énergétiques », a-t-il déclaré. Et d'ajouter que le ministre Diouf et Aminata Ba offriront aux investisseurs « un aperçu direct des projets en cours, des possibilités d'octroi de licences et de la stratégie du pays pour convertir les ressources en hydrocarbures en une valeur économique et industrielle plus large ».
Avec 109 blocs sur le marché, un champ pétrolier en pleine production et une stratégie gazière ambitieuse, le Sénégal joue au Cap une partie décisive pour transformer son potentiel énergétique en levier durable de développement. La délégation sénégalaise a cinq jours pour convaincre.




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