Accord Sénégal-FMI : la BCEAO salue un « signal fort » pour la stabilité régionale, des critiques fusent au sein de la majorité
La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a exprimé, ce mercredi 9 septembre, sa « grande satisfaction » après la conclusion de l’accord technique entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI), y voyant un « signal fort » pour la stabilité économique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Un avis qui contraste avec les critiques vives entendues au sein même de la majorité présidentielle, tandis que le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, promet un contrôle parlementaire rapproché.
La BCEAO salue un « levier stratégique »
L'accord, conclu le 1er septembre entre les services techniques du Sénégal et du FMI, porte sur un programme économique et financier de 2,2 milliards de dollars (environ 1 240 milliards de francs CFA) sur trois ans. Il vise à redresser les finances publiques et à relancer l'économie du pays, après la découverte en 2024 d'une dette non déclarée de près de 13 milliards de dollars sous l'administration précédente.
Le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, a salué cette avancée, estimant que la mise en œuvre de cet accord constituait « un levier stratégique » pour la stabilisation macroéconomique et budgétaire du Sénégal. « C’est une bonne chose pour l’Union et pour la Banque centrale, car cela va contribuer à ramener la confiance, à renforcer la solidité de l’économie et du secteur bancaire régional grâce au soutien des partenaires », a-t-il déclaré. Il a également rappelé que la BCEAO, en tant que régulateur monétaire, reste « particulièrement attentive à la situation financière de ses États membres » et adoptera une posture de « prudence constructive » dans le suivi du dossier.
Des critiques acerbes au sein de la majorité présidentielle
Malgré cet aval de la banque centrale, l'accord suscite de vives tensions politiques. Le débat a enflammé l'hémicycle mardi, lors de la Déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Le chef du gouvernement a défendu l'accord comme indispensable pour redresser les finances publiques, annonçant une stratégie de discipline budgétaire renforcée et de gestion rigoureuse de la dette.
Ce plaidoyer a toutefois suscité des critiques, y compris au sein de la majorité présidentielle. Le député du Pastef Guy Marius Sagna a dénoncé un « reniement des engagements de souveraineté économique » portés par le parti au pouvoir. À la tribune, il a accusé le gouvernement de placer le Sénégal « sous la coupe du FMI ». D'autres voix, comme celle du député Momar Talla Ndao, ont qualifié l'accord de « capitulation ».
Ousmane Sonko annonce un contrôle parlementaire des accords
Face à ces critiques et aux tensions persistantes entre l'Exécutif et une Assemblée nationale dominée par le Pastef d'Ousmane Sonko, le président de l'Assemblée a annoncé un contrôle parlementaire des accords avec le FMI. Ousmane Sonko réclame une « transparence absolue » sur les engagements pris par Dakar et exige la publication du mémorandum d'accord. Il a insisté sur le fait que l'Assemblée nationale entend exercer pleinement son pouvoir de contrôle sur les futurs engagements financiers et internationaux du Sénégal.
Alors que l'accord est désormais soumis à l'approbation du Conseil d'administration du FMI, le bras de fer politique autour de la souveraineté économique du pays est loin d'être terminé.



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