Forum des ONG africaines à Dakar : l'eau et l'assainissement au cœur de l'Agenda 2063Dakar, le 9 octobre 2026

Placé sous le thème « Assurer une disponibilité durable de l'eau et des systèmes d'assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2063 », le Forum des ONG africaines se tient à Dakar du 8 au 10 octobre 2026.
Organisé par le Centre africain pour la démocratie et les études des droits de l'homme (ACDHRS), cet événement réunit responsables publics, société civile et partenaires financiers en prélude à la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP).
Un enjeu de droits humains, pas seulement de développement
L'ouverture du forum, jeudi 8 octobre, a été marquée par des appels à renforcer la responsabilité des États et la place de la société civile dans les politiques publiques. Représentant le ministre de la Justice, le directeur des Droits humains Julien Ngane Ndour a placé la responsabilité première des États au centre des débats : « L'État doit planifier, investir, réguler, protéger les ressources naturelles, garantir la qualité des services et assurer l'accessibilité, notamment pour les personnes les plus vulnérables ».
Il a insisté sur la dimension humaine de l'enjeu : « Le véritable indicateur de succès ne devra pas être le nombre de projets lancés ou d'infrastructures inaugurées, mais il doit être le nombre de vies durablement améliorées ». Évoquant les familles qui consacrent une part importante de leurs revenus à l'achat d'eau, les communautés qui parcourent de longues distances pour s'approvisionner et les enfants qui tombent malades à cause d'une eau contaminée, il a martelé : « Ce ne sont pas seulement des problèmes sociaux, ce sont des atteintes aux droits fondamentaux ».
Les femmes et les filles, premières victimes de la pénurie
Le forum a mis en lumière le poids disproportionné que la crise de l'eau fait peser sur les femmes et les filles. John Gbenagnon, du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD), a rappelé que la collecte de l'eau mobilise chaque jour des millions d'heures, souvent au détriment de l'éducation des filles et des activités économiques des femmes. L'absence de sanitaires adaptés dans les établissements scolaires peut contraindre certaines élèves à manquer les cours pendant leurs menstruations.
Pour le représentant du RFLD, ces réalités montrent que le droit à l'eau ne peut être dissocié de l'égalité, de la santé et de la dignité humaine. Il a demandé à la Commission africaine d'examiner systématiquement l'accès des femmes à l'eau et à l'assainissement dans les rapports des États, en application de l'article 15 du Protocole de Maputo, et a appelé les neuf États membres de l'Union africaine qui ne l'ont pas encore ratifié à le faire. Il a également plaidé pour le renforcement du dialogue entre société civile et pouvoirs publics : « Il est important de créer le pont, le dialogue entre la société civile et l'État ».
L'espace civique, une préoccupation transversale
Les discussions portent également sur la situation des défenseurs des droits humains et les restrictions de l'espace civique dans plusieurs pays africains. Un rapport d'Amnesty International publié en juillet 2026 relève des restrictions visant les voix critiques au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ainsi que des atteintes aux libertés d'expression et d'association.
Jaly Badiane, trésorière générale du mouvement Tournons la page au Sénégal, a estimé que le Forum devait permettre de « porter la voix » des défenseurs confrontés à différentes formes de pression : violences numériques, violences basées sur le genre facilitées par les technologies, disparitions forcées, exil et harcèlement visant les familles de défenseurs.
La représentante spéciale adjointe du Secrétaire général pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel, Barrie Freeman, a souligné les liens entre droits humains, gouvernance démocratique, développement durable et résilience climatique. Elle a insisté sur le fait que la gestion équitable et inclusive de l'eau est un investissement dans la prévention des conflits, la pression sur les ressources pouvant attiser les tensions entre communautés.
Un agenda continental ambitieux
Ce forum s'inscrit dans une dynamique continentale majeure. L'Union africaine a désigné l'eau et l'assainissement comme thème de l'année 2026, et la 39e session ordinaire de la Conférence des chefs d'État a adopté la Vision africaine de l'eau 2063. Le thème du forum, « Assurer une disponibilité durable de l'eau et des systèmes d'assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2063 », est directement aligné sur cette priorité stratégique.
Les participants au forum formuleront des recommandations à l'intention de la CADHP, dont la 89e session ordinaire se tiendra à Dakar du 12 au 21 octobre 2026. Cette session sera précédée d'une formation destinée aux défenseurs des droits humains, les 6, 7 et 11 octobre.
Barrie Freeman a salué l'initiative du ministère sénégalais de la Justice d'instituer une journée annuelle de dialogue avec la société civile, dont la première édition se tiendra le 21 octobre 2026, jour de clôture de la session de la Commission africaine.
« L'eau au cœur de notre contrat social »
Alors que des millions d'Africains n'ont toujours pas accès à une eau potable sûre et à des services d'assainissement adéquats, le forum de Dakar entend transformer les engagements en actions concrètes. « L'eau doit être placée au cœur de nos politiques publiques, de notre contrat social et de notre vision de l'Afrique à l'horizon 2063 », a déclaré Julien Ngane Ndour.
Sadikh Niass, membre du comité consultatif de l'ACDHRS, a pour sa part souligné le rôle essentiel de la société civile et appelé à accorder une attention particulière aux groupes défavorisés, notamment les femmes, les migrants, les réfugiés et les enfants.
À l'issue des trois jours de travaux, les organisations de la société civile espèrent que leurs recommandations trouveront un écho concret dans les délibérations de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples. Pour les millions de personnes privées d'accès à l'eau et à l'assainissement, l'enjeu dépasse le cadre des discours : il engage la crédibilité des États et la promesse d'une Afrique qui ne laisse personne de côté.




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