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Paludisme au Sénégal : un besoin de 150 milliards FCFA pour éliminer la maladie d'ici 2030

il y a 7 jours
3 min de lecture

Le Sénégal est engagé dans une course contre la montre pour éliminer le paludisme sur son territoire à l'horizon 2030. Pour atteindre cet objectif ambitieux, le pays doit mobiliser une enveloppe financière estimée à environ 150 milliards de francs CFA,

soit près de 262,5 millions de dollars, sur les cinq prochaines années. Cette somme, essentielle à la mise en œuvre du Plan stratégique national pour l'élimination du paludisme (PSNEP) 2026-2030, représente un défi financier majeur pour les autorités sanitaires.

Un financement encore largement à mobiliser

Sur les 150,4 milliards de FCFA nécessaires à l'exécution du plan, le Sénégal n'a pour l'instant mobilisé que 2,8 % des ressources, laissant un déficit abyssal de 146,6 milliards de FCFA à combler. Le coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), Aliou Thiongane, a souligné que ce plan quinquennal nécessitait « un financement d'environ 150 milliards de francs CFA sur les cinq ans, soit 30 milliards par année ». Le directeur de la lutte contre la maladie, le docteur Mamadou Moustapha Diop, a précisé que 97 % des financements nécessaires ne sont pas encore disponibles, appelant à un renforcement du plaidoyer auprès du gouvernement, du ministère de l'Économie et des Finances, de l'Assemblée nationale et du secteur privé.

Des progrès indéniables après trois décennies de lutte

Malgré ces défis financiers, les résultats obtenus par le Sénégal sont encourageants. Après plus de trente ans de lutte reposant notamment sur la chimioprévention, la distribution de moustiquaires imprégnées et la prise en charge gratuite des cas confirmés, 73 des 79 districts sanitaires du pays, soit 92 %, sont désormais en phase de pré-élimination. Cette phase se caractérise par une incidence inférieure à cinq cas pour 1 000 habitants par an.

Les indicateurs épidémiologiques témoignent d'une nette amélioration. L'incidence du paludisme est passée de 22,8 cas pour 1 000 habitants en 2024 à 12,8 cas pour 1 000 habitants en 2025, tandis que le nombre de décès liés à la maladie a reculé de 312 à 150 sur la même période. Le professeur Thiongane s'est réjoui de ces avancées, notant que « le Sénégal a parcouru presque l'essentiel du chemin » vers l'atteinte de l'objectif d'élimination. Il a également évoqué une baisse importante de la morbidité et de la mortalité depuis l'an 2000, une dynamique qui impose toutefois un changement d'approche, passant d'une logique de contrôle de masse à une stratégie de détection des cas, d'investigation et de riposte.

Des disparités géographiques persistantes

Ces progrès nationaux masquent cependant des disparités importantes. La zone sud-est du Sénégal, regroupant les régions de Kolda, Kédougou et Tambacounda, demeure un foyer majeur de transmission. Dans ces zones, l'incidence peut atteindre 100, 200 voire davantage de cas pour 1 000 habitants. Le district de Saraya, dans la région de Kédougou, est particulièrement touché, avec un taux d'incidence pouvant atteindre 500 cas pour 1 000 habitants, en raison de sa position frontalière avec le Mali et la Guinée, de sa forte pluviométrie et des difficultés d'accès aux soins. À l'inverse, une dizaine de districts du nord du pays affichent désormais une incidence inférieure à un cas pour 1 000 habitants.

Touba : un exemple des défis persistants

La ville de Touba illustre les défis qui subsistent. Le Centre hospitalier Matlaboul Fawzeyni a enregistré environ 77 cas de paludisme au cours des premier et deuxième trimestres de l'année 2026, dont 26 cas graves, a révélé le docteur Charles Dia, médecin anesthésiste-réanimateur et président de la commission médicale de l'établissement. L'année précédente, la structure avait enregistré 54 cas, dont neuf décès. Le médecin a insisté sur la nécessité de lutter contre les eaux stagnantes, favorables au développement du moustique anophèle, vecteur du paludisme, et a appelé à une action préventive visant à éliminer ces eaux stagnantes, notamment dans les maisons abandonnées ou fermées pendant de longues périodes. Il a également recommandé l'utilisation systématique de moustiquaires imprégnées, particulièrement la nuit, rappelant que le moustique responsable de la transmission du paludisme pique principalement à partir de 19 heures.

Un appel à la mobilisation de tous les acteurs

Pour combler le déficit de financement et atteindre l'objectif d'élimination, le Sénégal mise sur une mobilisation accrue du secteur privé, notamment des industries extractives, minières, pétrolières et gazières, qui opèrent souvent dans des zones fortement touchées par le paludisme. Le docteur Youssouph Tine, directeur général de la Santé, a appelé à passer « d'une logique d'appui ponctuel à une logique d'investissement systématique, dans le cadre d'une coalition forte entre l'État, le secteur privé, les entreprises extractives et la société civile ».

La feuille de route est claire : maintenir les acquis, intensifier les interventions dans les zones de forte transmission et mobiliser les ressources nécessaires pour faire du Sénégal un pays exempt de paludisme à l'horizon 2030. Un défi sanitaire, mais aussi un impératif de développement pour lequel la mobilisation de tous les acteurs sera déterminante.


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