Saison artistique 2026-2027 : la Galerie nationale d'art décentralise à Thiès et LougaDakar, le 9 octobre 2026
La Galerie nationale d'art (GNA) a choisi de rompre avec ses habitudes. Pour la première fois, la saison artistique et culturelle 2026-2027 se tient hors des salons de Dakar, avec une programmation itinérante qui a débuté à Thiès le 1er octobre et se poursuivra à Louga du 12 au 21 octobre.

Une décision saluée par le ministère de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique.
Une ouverture officielle à Thiès
La cérémonie d'ouverture officielle s'est tenue le jeudi 1er octobre 2026, à 10 heures, au Centre culturel régional de Thiès, en présence de la ministre Mame Coumba Diop. L'événement s'inscrit dans le cadre de la territorialisation des politiques publiques et de la volonté gouvernementale de garantir une « équité culturelle » sur l'ensemble du territoire.
« Ce moment fort marque le coup d'envoi d'une ambition partagée : faire de notre patrimoine un vivier d'inspiration et de notre création contemporaine un moteur de rayonnement », a déclaré la ministre lors de l'ouverture. Pour elle, « longtemps cantonnée aux salons de la capitale, la rentrée des arts visuels choisit cette année d'aller à la rencontre des régions ».
Une exposition itinérante de 21 jours
Le premier volet de cette saison repose sur une exposition itinérante de 21 jours. Les publics de Thiès peuvent découvrir les œuvres des lauréats du Salon national des arts visuels du 1er au 10 octobre. Les créations prendront ensuite la direction de Louga, où elles seront exposées du 12 au 21 octobre.
Seront présentées les œuvres emblématiques des plasticiens primés lors des 10e, 11e et 12e éditions du Salon national des arts visuels. L'objectif affiché par Anne Marie Faye, administratrice de la Galerie nationale d'art, est de « donner plus de place aux régions et aux acteurs culturels de ces terroirs dans le but de construire une économie visuelle équitable et pérenne sur l'ensemble du territoire national ».
Un volet formation pour professionnaliser les artistes
La saison ne se limite pas à l'exposition. Elle comprend également une session de renforcement de capacités intitulée « De l'atelier au marché global : digitalisation, portfolio et stratégies d'insertion pour les artistes en régions ».
Cette formation vise à fournir aux artistes des outils concrets pour structurer leur démarche – artist statement, portfolio aux normes internationales –, maîtriser les canaux du marché numérique de l'art et capter les opportunités économiques telles que les résidences, les bourses et le mécénat. La Galerie nationale d'art entend ainsi « dresser un répertoire numérique actualisé des créateurs des régions pour assurer leur promotion continue à l'échelle nationale et internationale ».
Le festival « Ada Ak Cosan » de Kaffrine : le numérique au service des femmes
En parallèle de cette saison décentralisée, la région de Kaffrine a accueilli la cinquième édition du festival international « Ada Ak Cosan » (FESTIAC), qui s'est tenue du 1er au 6 octobre 2026. L'événement, qui signifie « Retour aux valeurs » en français, a été initié par l'acteur culturel Diamly Pène.
Le thème retenu pour cette édition était : « Femme, développement numérique et nouvelles technologies ». Un choix qui résonne avec les enjeux contemporains de l'inclusion numérique et de l'autonomisation économique des femmes.
Un programme riche et diversifié
Le festival a réuni des participants et invités venus de différentes régions du Sénégal, mais également du Mali, du Bénin, de la Côte d'Ivoire, de l'Italie et de la France. Au programme : théâtre, musique traditionnelle « ngoyane », concerts, combats de lutte, carnaval et prestations mettant en valeur les expressions culturelles et ethniques de la région.
Des sessions de formation consacrées au numérique, à la communication, à l'entrepreneuriat culturel et à la digitalisation ont été organisées avec l'appui de l'Agence allemande de coopération internationale pour le développement (GIZ), ainsi qu'une foire dédiée à la promotion des produits locaux.
Théâtre, don de sang et engagement citoyen
Les représentations théâtrales ont occupé une place importante dans la programmation. La comédienne Bity Ndiaye, de la troupe Kaddu Yarakh de Dakar, a présenté une pièce inspirée d'une histoire réelle survenue en Allemagne, mettant en scène une jeune fille victime de viol et de meurtre. « Le théâtre constitue un moyen de parler des faits de société et de sensibiliser les populations sur des problématiques qui touchent directement les populations », a-t-elle expliqué.
Le festival a également intégré une dimension sociale avec l'organisation d'une opération de don de sang, rehaussée par la présence du président du conseil départemental de Kaffrine, Abdoulaye Wilane, de l'adjoint au maire chargé de la culture, Bamba Mboup, et de la députée Maimouna Dieng.
Une clôture sous le signe de l'entrepreneuriat culturel
La cinquième édition du FESTIAC s'est achevée le mardi 6 octobre sur une note mêlant formation, échanges et expressions artistiques. Une session de deux jours consacrée à l'entrepreneuriat culturel a réuni une trentaine de participants venus des différentes communes de la région de Kaffrine et d'ailleurs.
« Il est important aujourd'hui, avec le grand tournant dans les industries culturelles et créatives que nous vivons avec l'avènement de l'intelligence artificielle, de mieux former nos jeunes praticiens sur l'entrepreneuriat culturel », a souligné Babilas Ndiaye, formateur.
Le public a notamment assisté aux prestations de l'Assiko Boys, à des passages de rappeurs, à un défilé de mode ainsi qu'à des représentations théâtrales. Parmi elles, une pièce de la compagnie Thiatou Dialaw, mise en scène par Mame Thierno Niang, entièrement jouée en pantomime, sans paroles, abordant des questions de genre et de responsabilité sociale.
Une dynamique culturelle décentralisée
Avec la saison itinérante de la Galerie nationale d'art et le festival « Ada Ak Cosan », le Sénégal affirme sa volonté de faire de la culture un levier de développement territorial. « L'art n'est pas un supplément d'âme que l'on ajoute au développement, une fois les urgences économiques et sociales traitées », a rappelé la ministre Mame Coumba Diop à Thiès. « Il en est une composante à part entière, partout où une scène artistique se structure, se professionnalise et trouve ses débouchés ».
Alors que les œuvres des lauréats du Salon national des arts visuels s'apprêtent à gagner Louga, la décentralisation culturelle semble bel et bien engagée. Pour les artistes des régions, l'enjeu est désormais de transformer cette opportunité en une dynamique durable, à la hauteur des talents que recèle le territoire sénégalais.




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