Tensions Exécutif-Assemblée : Oumar Youm préconise la dissolution, Amadou Ba rappelle les risques

Alors que les relations entre le président Bassirou Diomaye Faye et le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, ne cessent de se dégrader, la question d'une éventuelle dissolution du Parlement agite la scène politique sénégalaise. Invité de l'émission « Grand Jury » ce dimanche 30 août 2026, l'ancien ministre Oumar Youm a clairement pris position : s'il était à la place du chef de l'État, il dissoudrait l'Assemblée nationale sans hésitation pour clarifier le rapport de force politique.
Oumar Youm : « Cette Assemblée ne peut pas tenir encore trois ans »
Pour l'ancien ministre sous Macky Sall, la configuration parlementaire actuelle est devenue intenable. Il estime difficilement envisageable que l'Assemblée et l'Exécutif poursuivent leur cohabitation dans un climat marqué par des affrontements répétés. « Je suis sûr que cette Assemblée ne peut pas tenir encore trois ans avec l'Exécutif, c'est impensable, ce n'est pas possible », a-t-il martelé.
Qualifiant la situation de « crise institutionnelle » profonde, Oumar Youm accuse le président de l'Assemblée, Ousmane Sonko, de vouloir faire du Parlement « un centre d'impulsion politique, un centre de décision, un centre de gouvernement ». Il dénonce un « parlementarisme débridé » et « de combat », qui aurait des conséquences néfastes sur la démocratie, l'économie et la crédibilité internationale du Sénégal. Selon lui, le désaccord autour de la déclaration de politique générale du Premier ministre n'est qu'un épisode d'une crise bien plus profonde qui ne se résume pas à un problème de calendrier.
Amadou Ba (Pastef) : une prérogative présidentielle, mais un pari risqué
Invité de l'émission « En Vérité » sur Radio Sénégal, le député de Pastef les Patriotes, Amadou Ba, a d'abord rappelé le cadre institutionnel : « C'est une prérogative du président de la République ». Il a souligné que la dissolution de l'Assemblée nationale s'est déjà produite par le passé au Sénégal. Toutefois, le parlementaire estime qu'il n'appartient pas aux députés de spéculer sur la décision que pourrait prendre le chef de l'État. « On ne va pas spéculer sur s'il va en user ou pas », a-t-il déclaré.
Amadou Ba a cependant mis en garde contre les conséquences politiques d'élections législatives anticipées. S'inspirant de la tradition gaullienne, il a souligné qu'un président qui engage sa responsabilité et essuie une défaite doit en tirer les conséquences, pouvant aller jusqu'à la démission. Il estime qu'en cas de défaite du camp présidentiel, « la liste de la majorité » arrivée en tête devrait légitimement être appelée à former le nouveau gouvernement. Une telle configuration ouvrirait une nouvelle séquence politique, modifiant profondément les rapports de force entre l'Exécutif et le Parlement.
Malgré ces scénarios, le député de Pastef refuse de considérer une éventuelle dissolution comme une bataille que son camp devrait anticiper. « Ce n'est pas notre affaire. C'est le président qui prend ses décisions », a-t-il conclu.
Un contexte de tensions institutionnelles inédites
Ces prises de position interviennent dans un contexte de vives tensions entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, pourtant anciens compagnons de route. Le limogeage de ce dernier du poste de Premier ministre le 22 mai 2026, suivi de son élection à la présidence de l'Assemblée nationale le 26 mai, a marqué un tournant dans la crise. Le bras de fer s'est notamment matérialisé autour d'une réforme constitutionnelle visant à rééquilibrer les pouvoirs au profit du Parlement, texte finalement invalidé par le Conseil constitutionnel en juillet 2026. La décision du président Faye de soumettre cette réforme à référendum avait déjà illustré l'ampleur du fossé entre les deux institutions.




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