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Aggravation du déficit budgétaire : le Sénégal révise ses prévisions à la hausse, la croissance s’effondre

il y a 4 jours
6 min de lecture

Le gouvernement a revu à la hausse sa prévision de déficit budgétaire pour 2026, le portant à 7,6 % du PIB (1 740 milliards de FCFA), contre 5,4 % initialement prévus.

Cette dégradation est attribuée à la hausse des subventions énergétiques (passées de 250 à 790,3 milliards de FCFA) et à des recettes inférieures aux attentes. La prévision de croissance a également été revue à la baisse, à 2,7 % contre 5 %.

Un dérapage budgétaire historique

Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2026, arrivé à l’Assemblée nationale le vendredi 18 septembre 2026, traduit une dégradation spectaculaire des équilibres budgétaires sénégalais. Selon le document de 122 pages consulté par plusieurs médias, le déficit budgétaire passe de 5,4 % à 7,6 % du PIB, atteignant 1 735,2 milliards de FCFA sur un PIB estimé à 22 861,2 milliards. Les recettes du budget général sont révisées à 5 848,7 milliards de FCFA, contre 6 188,8 milliards dans la loi de finances initiale (LFI), soit une baisse de 340,1 milliards (-5,5 %). Les dépenses, quant à elles, montent de 150 milliards (+2 %), à 7 583,9 milliards de FCFA.

L’explosion des subventions énergétiques

La principale cause de cette dégradation réside dans l’envolée des subventions énergétiques. Celles-ci passent de 250 à 790,3 milliards de FCFA, soit une hausse spectaculaire de 540,3 milliards. Le montant prévu est ainsi multiplié par plus de trois et représente désormais 3,5 % du PIB, contre 1,1 % dans la loi de finances initiale. Le gouvernement explique cette envolée par la hausse du cours du pétrole, alimentée notamment par les tensions au Moyen-Orient. L’ajustement des prix des hydrocarbures intervenu en août 2026 n’aurait pas suffi à contenir le coût du soutien public dans l’enveloppe initiale.

Pour alléger progressivement cette charge, les autorités envisagent de remplacer les subventions généralisées par un mécanisme davantage ciblé sur les ménages vulnérables, le transport collectif et les activités jugées essentielles.

Les recettes fiscales en chute libre

Du côté des recettes, les clignotants sont également au rouge. Les recettes fiscales ont enregistré un repli de 453,3 milliards de FCFA en valeur absolue. Cette contre-performance s’explique principalement par la baisse significative des recettes attendues du Programme de résilience économique et sociale (PRES). Les moins-values projetées sur le PRES concernent notamment la taxation des jeux de hasard, avec une prévision révisée à 120 milliards de FCFA, contre 300 milliards dans la LFI 2026. Les recettes liées au PRES sont ramenées de 762,9 à 311,5 milliards de FCFA, soit 451,4 milliards de moins. Les droits et taxes à l’exportation s’effondrent également, passant de 40,3 à 4,3 milliards de FCFA (-89,3 %).

La charge de la dette s’alourdit

Les intérêts et commissions sur la dette publique passent de 1 190,6 milliards dans la LFI à 1 285,2 milliards de FCFA dans le projet de LFR, soit une hausse de 94,6 milliards. Cette augmentation s’explique, selon le document, par le renchérissement des taux d’intérêt et le changement d’instruments opérés en lien avec la dégradation de la signature du pays. « Comparativement à son programme d’émission initial, le Sénégal a eu davantage recours aux bons du Trésor de maturité courte, occasionnant le paiement d’intérêts précomptés plus élevés, augmentant ainsi les charges financières sur la dette de l’année », souligne le document.

L’investissement sacrifié

Pour absorber ce choc budgétaire, les dépenses d’investissement sont sévèrement comprimées de 555 milliards de FCFA (-19,8 %). Les investissements financés sur ressources internes passent de 1 448,9 à 1 133,2 milliards de FCFA, soit une baisse de 315,7 milliards. Ceux financés sur ressources extérieures sont ramenés de 1 355 à 1 115,7 milliards, ce qui représente une diminution de 239,3 milliards. Les arbitrages devraient principalement toucher les projets affichant une faible exécution ou un impact socio-économique considéré comme limité.

La croissance revue à la baisse

Le gouvernement a également fortement abaissé ses perspectives économiques pour 2026. La croissance est désormais projetée à 2,7 %, contre 5 % initialement, soit une réduction de 2,3 points de pourcentage. Cette révision à la baisse est attribuée en partie aux effets de la crise énergétique mondiale et au risque de déficit pluviométrique associé à El Niño. Le document cite aussi la révision à la baisse par le FMI de la croissance mondiale, de 3,3 % à 3,0 %.

Les mesures d’ajustement et de protection sociale

Malgré ces restrictions, le gouvernement prévoit de renforcer les filets sociaux. Les crédits consacrés aux bourses de sécurité familiale passent de 35 à 70 milliards de FCFA. À cette enveloppe s’ajoutent près de 7,2 milliards de FCFA ouverts par décret d’avance le 11 septembre 2026 pour financer des vivres de soudure.

Pour tenter de mobiliser des recettes supplémentaires, la LFR inclut une contribution de solidarité économique pour les opérateurs de monnaie électronique, avec un taux progressif de 8 % à 10 %. Le gouvernement prévoit également de réduire les subventions énergétiques à moins de 1 % du PIB d’ici 2029, contre environ 800 milliards de FCFA par an actuellement, tout en ciblant mieux l’aide vers les ménages vulnérables.

L’analyse de Seydou Diouf : « Remettre l’économie au cœur du débat »

Invité de l’émission « Point de vue » sur la RTS le dimanche 20 septembre 2026, Seydou Diouf, secrétaire général du Parti pour le progrès et la citoyenneté (PPC) et ancien président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, a livré son analyse de la situation.

Pour l’ancien parlementaire, ces arbitrages doivent être appréciés à l’aune de la maturité et de l’urgence des projets. Certains investissements peuvent, selon lui, être différés lorsqu’ils ne disposent pas encore d’études de faisabilité suffisamment avancées. D’autres, déjà mûrs et jugés prioritaires, devraient en revanche être préservés.

Au-delà des coupes budgétaires, Seydou Diouf place la question de la dette au centre des préoccupations. Il privilégie une approche globale du traitement de la dette, qui ne se limite pas à une simple restructuration. Parmi les mécanismes envisageables, il cite notamment le rééchelonnement des échéances, le reprofilage des remboursements, le moratoire, la modification des conditions initiales ou encore le refinancement à des taux plus favorables. L’objectif, explique-t-il, est de réduire la pression exercée par le service de la dette afin de permettre à l’État de continuer à financer ses autres priorités, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de la santé et de l’éducation.

Dans cette perspective, il accorde une place importante au dialogue avec le Fonds monétaire international (FMI). Selon lui, la validation de la stratégie économique du Sénégal pourrait contribuer à faciliter les discussions avec les différents partenaires financiers du pays.

Concernant les subventions énergétiques, Seydou Diouf plaide pour un meilleur ciblage des bénéficiaires. Selon lui, le niveau de soutien ne devrait pas être identique pour tous les consommateurs, quels que soient leurs niveaux de consommation. Cette orientation devrait, à ses yeux, aller de pair avec un renforcement des mécanismes de protection sociale.

Au-delà des questions budgétaires, l’ancien parlementaire appelle à renforcer la place du secteur privé dans la création de richesses et d’emplois. « L’économie, c’est une question d’abord de confiance. Il faut qu’on restaure la confiance dans notre espace économique », a-t-il déclaré, appelant à un environnement plus favorable aux investisseurs. Pour Seydou Diouf, la création de richesses par le secteur privé doit également contribuer à élargir les recettes fiscales de l’État. Il appelle ainsi à « remettre l’économie au cœur du débat », dans un contexte où les contraintes budgétaires imposent de nouveaux arbitrages.

Un contexte régional et international défavorable

Cette révision budgétaire intervient alors que Dakar cherche à améliorer la soutenabilité de ses finances publiques et de sa dette. Le gouvernement a récemment conclu un accord de principe avec le Fonds monétaire international comprenant des mesures visant à réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures tout en renforçant les dépenses sociales et la contribution du secteur privé à la croissance.

Les besoins de financement totaux du gouvernement sont estimés à 6 774,2 milliards de FCFA, incluant 4 516,2 milliards de FCFA d’amortissement de la dette et 300 milliards de FCFA consacrés à l’apurement des arriérés intérieurs privés. La législation autorise également l’incorporation de 300 milliards de FCFA de dette non financière vérifiée dans les comptes de l’État.

Des perspectives incertaines

La situation budgétaire du Sénégal en 2026 s’annonce donc particulièrement délicate. Le déficit de 7,6 % du PIB s’éloigne considérablement de l’objectif de 3 % fixé par les critères de convergence de l’UEMOA et de la trajectoire de consolidation prévue initialement. Le gouvernement devra naviguer entre la nécessité de maîtriser les finances publiques, la préservation des investissements prioritaires et le maintien de la paix sociale, dans un contexte économique mondial incertain. La balle est désormais dans le camp de l’Assemblée nationale, qui doit examiner ce projet de loi de finances rectificative dans les prochaines semaines.


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