Le Sénégal a engagé ses premières poursuites pour « crime contre l'humanité » liées aux violences politiques de 2021 à 2024. Au moins quatre personnes ont été inculpées entre le 22 et le 23 septembre

Dakar –
La justice sénégalaise a franchi une étape inédite dans le traitement des violences politiques qui ont secoué le pays entre 2021 et 2024. Au moins quatre personnes ont été inculpées entre mardi 22 et mercredi 23 septembre 2026 pour « crime contre l'humanité » ou « complicité » de ce crime, une première pour des faits commis lors de troubles politiques au Sénégal.
Quatre inculpations, une première judiciaire
Selon les informations rapportées par l'AFP et confirmées par les avocats des mis en cause, les chefs d'inculpation retenus permettent de contourner la loi d'amnistie adoptée en mars 2024, qui couvrait les violences politiques de cette période. Parmi les personnes inculpées figurent Ameth Tidiane Cissé, chef de sécurité, et Djibril Gaye, agent de sécurité au Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud), poursuivis pour « association de malfaiteurs, crime contre l'humanité et torture ». Djibril Gaye a été placé sous mandat de dépôt, tandis qu'Ameth Tidiane Cissé a été placé sous contrôle judiciaire. Deux autres personnes, Amadou Guindo Traoré et Djibril Diaw, ont été inculpées pour « complicité de crime contre l'humanité commis sur la personne de Pape Abdoulaye Touré ». Ces quatre personnes sont accusées par le militant Pape Abdoulaye Touré de faits de séquestration, d'enlèvement illégal, de torture et de violences qu'il affirme avoir subis en juin 2023.
Une plainte à l'origine de la procédure
Étudiant en master de droit et militant du Pastef, Pape Abdoulaye Touré avait porté plainte pour « séquestration et enlèvement illégal » en septembre 2024. Il expliquait avoir été arrêté non loin de chez lui par des hommes se présentant comme des agents de sécurité de l'ex-ministre Pape Malick Ndour, accompagnés de gendarmes en tenue, puis agressé, torturé et menacé de mort dans la nuit du 2 au 3 juin 2023. Des images le montrant le visage tuméfié en train d'être tabassé avaient alors profondément choqué l'opinion publique sénégalaise.
Un contexte de violences politiques de grande ampleur
Le Sénégal a été secoué entre 2021 et 2024 par de violentes manifestations durement réprimées, qui ont fait des dizaines de morts et des blessés sous l'ex-président Macky Sall, dans un bras de fer contre son opposant d'alors Ousmane Sonko. Au moins 65 personnes avaient été tuées entre mars 2021 et février 2024 pendant ces manifestations, dont 51 par balles, en grande majorité des jeunes. La question de rendre justice aux victimes est une promesse de longue date du camp actuellement au pouvoir, en dépit de la loi d'amnistie adoptée dans les dernières semaines de la présidence de Macky Sall afin d'apaiser les tensions politiques.
Autres faits judiciaires du jour
Diourbel : la veuve du tapissier A. Mboup libérée, la piste criminelle reste ouverte
À Diourbel, l'épouse du tapissier A. Mboup, alias Youssou, a été libérée mercredi 23 septembre 2026 sur instruction du procureur de la République. Elle avait été placée en garde à vue après sa sortie de l'hôpital, soupçonnée de coups et blessures volontaires sur son époux. Le tapissier, âgé d'environ 26 ans, avait été retrouvé mort pendu au quartier Sessène, après une dispute conjugale. Des blessures ont été constatées sur son corps, notamment au niveau du cou. Au cours de l'enquête, les policiers ont découvert des messages vocaux dans le téléphone du défunt, dans lesquels Youssou faisait ses adieux à un ami et à sa mère, allant jusqu'à répartir ses biens. Malgré ces éléments, la piste criminelle n'a pas été écartée par les autorités judiciaires, les blessures relevées sur le corps de la victime ayant intrigué les enquêteurs.
Mbour : un imam renvoyé en prison après un litige foncier
À Mbour, M. Faye, imam d'une mosquée de Saly Carrefour, a été renvoyé en prison après une nouvelle affaire d'escroquerie foncière. Déjà connu de la justice, il est accusé d'avoir vendu à un client un terrain qui ne lui appartenait pas, pour la somme de 18 millions de francs CFA, en lui remettant de faux documents administratifs. L'affaire remonte au début du mois de janvier 2026, lorsque la victime, I. Bâ, avait fait la connaissance de l'imam par l'intermédiaire d'un ami. Après la transaction, des vérifications en mairie et à la préfecture de Mbour avaient révélé que la parcelle n'appartenait pas à l'imam et que les documents remis présentaient des irrégularités. Le dossier révèle un passé judiciaire chargé du mis en cause, qui aurait déjà été condamné à plusieurs reprises pour des faits similaires. Le délibéré est fixé au 29 septembre prochain.




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