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Polémique à l'université Gaston-Berger : neutralité et politique

8 oct.
3 min de lecture


Une note de service sur la « neutralité au travail » met le feu à l'université Gaston-Berger de Saint-Louis. Le nouveau directeur du CROUS interdit les démonstrations « ostentatoires » d'appartenance politique ou religieuse.

Le Pastef dénonce un « argument de neutralité qui sonne faux », alors que le directeur est connu pour son engagement auprès du parti présidentiel Kiraay. L'intersyndicale dénonce une politisation de l'administration.

La rentrée universitaire s'annonce mouvementée à l'Université Gaston-Berger (UGB) de Saint-Louis. Nommé en septembre 2026 à la tête du Centre régional des œuvres universitaires sociales (CROUS) de Saint-Louis, Thierno Mbaye a signé le 2 octobre une note de service demandant à l'ensemble du personnel de respecter les principes de laïcité et de neutralité républicaines au travail, interdisant toute démonstration « ostentatoire » ou expression publique d'appartenance politique, religieuse, ethnique, communautaire ou régionale.

Contenu de la note et controverse juridique

Intitulée « Respect du caractère républicain et laïc de l'État dans le milieu du travail », la note invoque les dispositions constitutionnelles faisant du Sénégal une République « laïque, démocratique et sociale », et exige du personnel le strict respect des principes de neutralité, d'impartialité et d'égalité dans l'exercice de sa mission de service public.

La formulation du texte soulève toutefois des questions juridiques. Si la Constitution sénégalaise consacre la laïcité de l'État, son article 8 garantit la liberté religieuse, l'article 24 protège la liberté de conscience et de pratique religieuse, et l'article 25 dispose que nul ne peut être lésé dans son travail en raison de ses opinions ou de ses croyances. La note, sans interdire explicitement le port de signes religieux, laisse planer l'ambiguïté sur les contours de la notion de « démonstration ostentatoire ».

Les accusations du Pastef et les critiques syndicales

Le Pastef a rapidement réagi, dénonçant un « argument de neutralité qui sonne faux ». Un responsable du parti déclare aux médias : « Quand on est nommé uniquement sur la base de son appartenance politique, on ne peut pas invoquer la neutralité. »

Le cœur de la polémique réside dans le profil politique de Thierno Mbaye. Ouvertement proche du parti présidentiel Kiraay, il est responsable politique de la commune de Darou Mousty, après avoir soutenu le Pastef avant de rejoindre Kiraay. Il succède à Babacar Diop, considéré comme proche du Pastef, dans un contexte de recomposition des institutions nationales après la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié Ousmane Sonko.

Thierno Mbaye se défend en invoquant un climat d'hostilité à son arrivée, avec des agents affichant des signes de soutien au Pastef. « Quand vous affichez de manière ostentatoire que vous n'êtes pas de mon côté, il peut y avoir, de bonne foi, un problème de loyauté ou de confiance mutuelle. Je peux même soupçonner des actes de sabotage », a-t-il déclaré.

Le secrétaire général de l'intersyndicale du CROUS et du Rectorat, Amath Diallo, critique quant à lui la méthode : « Si on avait discuté au préalable, on aurait pu en débattre. La note devait être plus explicite. » Il pointe surtout un mal plus profond : « Depuis un certain temps, la politisation à outrance de l'administration fait que les gens confondent leur rôle politique et leur rôle administratif. C'est ce que nous savons tous qu'il faut bannir ! »

Le reflet d'une recomposition politique

Cette polémique n'est pas un cas isolé. Le parti Kiraay a été officiellement lancé le 25 juillet 2026, sous la direction du président Bassirou Diomaye Faye, succédant à la coalition « Diomaye président ». Depuis sa création, le parti accélère son déploiement sur l'ensemble du territoire, et de nombreuses personnalités dotées d'une expérience politique sont nommées à des postes administratifs clés. La nomination de Thierno Mbaye s'inscrit dans cette dynamique, et la note qu'il a signée devient le révélateur d'un bras de fer entre neutralité administrative et loyauté politique au Sénégal.


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