Rencontre décisive avec le FMI : au cœur de la visite à Washington, Bassirou Diomaye Faye s’entretient ce mardi avec Kristalina Georgieva pour transformer l’accord technique du 1er septembre en progra
Le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, s’entretiendra ce mardi 15 septembre à Washington avec la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva.

Cette rencontre, qui constitue le point d’orgue de la visite de travail du chef de l’État aux États-Unis, vise à franchir l’étape décisive : transformer l’accord technique conclu le 1er septembre entre les services du FMI et les autorités sénégalaises en un programme financier définitif, avec l’approbation formelle du Conseil d’administration de l’institution de Bretton Woods.
Un rendez-vous au sommet de l’agenda washingtonien
Selon le FMI, les discussions entre Kristalina Georgieva et Bassirou Diomaye Faye porteront notamment sur les récents développements économiques au Sénégal et sur le programme de réformes engagé par les autorités. Cette entrevue intervient moins de deux semaines après l’accord conclu au niveau des services du FMI sur un programme de 2,2 milliards de dollars.
Pour le président sénégalais, ce rendez-vous s’inscrit dans la continuité d’une mobilisation personnelle de longue haleine. Le chef de l’État avait déjà rencontré Kristalina Georgieva en mai dernier à Nairobi, en marge de l’Africa Forward Summit, où la question de la dette sénégalaise et les pistes de sortie de crise avaient été au cœur des échanges. La présidence sénégalaise avait alors souligné que le dossier était suivi personnellement par le chef de l’État.
De l’accord technique à la validation définitive : un processus en plusieurs étapes
L’accord du 1er septembre, conclu à l’issue d’une mission du FMI à Dakar menée du 19 août au 1er septembre par Mme Mercedes Vera Martin, porte sur un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), représentant 475 % de la quote-part du Sénégal. Ce programme doit appuyer le programme de réformes économiques et financières des autorités pour la période 2026-2029.
Cependant, comme l’a rappelé le FMI dans son communiqué du 1er septembre, cet accord demeure soumis à l’approbation de la direction et du Conseil d’administration du FMI. Le représentant résident du FMI pour le Sénégal et auprès de la BCEAO, Majdi Debbich, avait qualifié cet accord de « première étape », soulignant qu’il doit maintenant être validé par le Conseil d’administration : « C’est une première étape dans la mesure où cet accord au niveau des services doit maintenant être validé par notre Conseil d’administration. Mais c’est avant tout une étape importante qui vient couronner deux années de collaboration étroite que nous avons eue avec les autorités pour traiter à la fois la question du misreporting et des déclarations erronées sur la dette ».
Le programme de réformes vise notamment à rétablir la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, à réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures, à accroître les dépenses sociales et à soutenir une croissance durable tirée par le secteur privé. Les autorités se sont engagées à renforcer les finances publiques et à améliorer la transparence budgétaire, tout en améliorant l’environnement des affaires et en favorisant l’inclusion financière.
Des conditions préalables à lever avant l’approbation
Le FMI a précisé que l’accord nécessite la mise en œuvre de mesures correctrices résolues à l’appui de la demande de dérogation présentée par les autorités dans le cadre du cas de communication d’informations erronées, avant l’approbation par le Conseil d’administration. Il requiert également la réception des assurances de financement nécessaires de la part des partenaires du Sénégal. Dakar doit donc mettre en œuvre des mesures correctrices liées au dossier des « informations erronées » sur les finances publiques et obtenir les assurances de financement nécessaires de ses partenaires.
Le programme appuyé par le FMI devrait contribuer à mobiliser des financements de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d’autres partenaires de développement. Parallèlement, le gouvernement sénégalais a annoncé le lancement du Plan de traitement de la dette du Sénégal, qui prévoit notamment le recours à une version améliorée du Cadre commun du G20 pour le traitement de la dette.
Un contexte financier sous haute tension
Cette rencontre intervient dans un contexte financier particulièrement critique. La dette publique sénégalaise atteint environ 132 % du PIB selon le FMI, et le service de la dette pour l’exercice 2026 est estimé à environ 5 500 milliards de francs CFA (environ 9,7 milliards de dollars), un niveau record pour le pays. Le besoin de financement pour l’année 2026 s’élève à 6 075 milliards de francs CFA.
Kristalina Georgieva a désigné le Sénégal comme le prochain cas du Cadre commun, présentant le pays comme le premier test du processus dit « amélioré », validé en mai par les créanciers du G20. Cette nouvelle procédure cherche à mieux synchroniser la négociation d’un programme avec le FMI et les étapes de restructuration, afin de réduire le délai avant l’obtention des assurances de financement.
Le FMI a par ailleurs révisé à la baisse sa prévision de croissance pour le Sénégal, à 2,2 % en 2026. Une échéance de dette internationale est attendue le 13 septembre 2026, tandis que l’accord financier doit encore recevoir l’aval de la direction et du Conseil d’administration du FMI.
Un enjeu qui dépasse les 2,2 milliards de dollars
Pour Dakar, l’enjeu de cette rencontre dépasse largement le montant du programme. Il s’agit de retrouver des marges de financement et de rassurer les partenaires internationaux, alors que le poids de la dette pèse lourdement sur les finances publiques. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a récemment indiqué que le Sénégal devait notamment apurer environ 3,5 milliards de dollars.
La validation du programme par le Conseil d’administration du FMI constituera une étape déterminante avant la mise en œuvre du nouveau partenariat et les éventuels décaissements prévus dans ce cadre. Pour le président Bassirou Diomaye Faye, cette rencontre avec Kristalina Georgieva représente donc l’aboutissement d’un processus engagé depuis plusieurs mois, après la suspension en 2024 du précédent programme du FMI à la suite de la découverte de données sous-déclarées sur la dette et les déficits publics.
L’issue de ce mardi 15 septembre conditionnera non seulement la trajectoire budgétaire du Sénégal pour les trois prochaines années, mais aussi la crédibilité retrouvée de Dakar sur la scène financière internationale.




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